Hélio-Noctan-Trope

27 mars 2020

M1

Elles sont deux.

Elle est seule. Elles sont manquantes, parfois, ou accompagnée d’un crochet de bois, de phalanges en silicone des fois

Elles sont rugueuses ou de soie, écorchées, abîmées, sublimées- parées ou paresseuses

Elles sont tendres ou brutales, empoignantes ou grossières- maladroites ou tremblantes

Elles portent, écrivent, pianotent, dégrafent, se crispent- elles se cognent, s’effritent ou s’effleurent

 

Elles sont réceptacle de la pluie des âmes ou des baisers, tiennent l’amour ou le pêché, de poing ferme ou de main lasse

Elles donnent la vie et bercent la mort, replacent une mèche de cheveu ou frappent encore plus fort

 

Ce sont les mains de mon père, fortes et fières, celles de ma mère, tachées et cavalières, celles des enfants, légères et désinvoltes, celles désirées, impatientes et frémissantes

Elles décomptent à dix, claquent à cinq, font monter l’ivresse à deux ou trois, font taire, d’un doigt

 

Ramures gelées, gorgones brûlantes, -elles- nous définissent et inspirent nos paroles, donnent à ce cil, son envol.

 

FotoJet (4)

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24 mars 2020

Le Spleen n'est plus à la mode

L’H2O salée assaisonne tes joues devenues rouges – un rouge non pas timide ou colérique, pas non plus d’amour sacré ou de sang chaud passionnel- mais un rouge répandu par une éraflure sur l’écluse de ta retenue, irrigant de flots houleux les vaisseaux éparses de ces joues ayant oublié le souffle chaud des baisers

Dans la pénombre d’une chambre d’enfant illuminée par un photophore à la flamme vacillante, se projettent sur des murs chamarrés l’ étreinte d’une mère et la voix d’un père- ombres rassurantes anathèmatisant les pensées par leur jugement presque céleste

Ton être ricoche sur les étoiles et nargue les planètes -il s’écrase soudain dans un val illuminé des lucioles de tes souvenirs- elles se posent sur ton corps inerte, éclairent ta peau de lune de joies phosphorescentes et de peines agonisantes. Leurs lueurs dorées forment dans la nuit bleutée, ta constellation

Tes cheveux éparses flottent sur la terre humide d’embruns cristallins, tes yeux fixent l’étendue cosmique

Morphée apparait enfin dans sa barque onirique. 

 spleen

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21 mars 2020

Matin

 Neuf heures du matin.

Fini le traintrain quotidien de la main qui essaie en vain de faire taire un réveil criant quelques notes de Chopin

Tu te réveilles dorénavant au gré des secousses du lit de tes voisins qui s’enlacent, ou des jappements du chien de l’appartement d’en face

Le cerveau nébuleux, le bras engourdit sous un tête remplie de rêves mielleux, tu reprends conscience de la réalité

 

Dehors, il pleut.

 

L’ondée sur le velux au-dessus de ton lit rythme les battements de ton cœur encore endormi

Tu te traînes, tu t’extirpes de tes draps cyan dont le froissement s’est imprimé sur ton flanc- canyons de chair, ravins éphémères

Le silence lunaire laisse place aux craquements de ton plexus solaire- étirements vers le firmament d’un plafond de crépis blanc

Tu enfiles tout de même, par décence ou par pudeur, un vieux jogging troué et un t-shirt tout frais lavé.

 

Tu laisses les deux sœurs se balancer, au moins elles, ne seront pas confinées

 

La stridente stupeur striée de sueur froide à l’ouverture d’un frigo où seul repose à l’agonie un fenouil fripé, laissé dans un frigide bac à légumes- le cri de famine de ton ventre résonne dans la caverne à lumière blafarde 

C’est l’heure.

L’heure de la sortie. Tu griffonnes sur ton autorisation la date du jour, au crayon- ça se gomme

 C’est l’heure. L’heure du silence métallique de l’ascenseur qui te conduit droit aux Enfers de M. Leclerc, de la traversée d’une rue aussi déserte que la planète Mars et de l’angoisse de croiser ta voisine, celle qui se promène nue, sur sa terrasse

 

L’entrée contingentée d’un magasin aux rayons dévastés- espacement d’un mètre au risque de te faire réprimander par un vigile de trois fois ton diamètre

Tu n’oses plus croiser le regard devenu suspect de tes voisins de quartier- « Est-il malade ? Est-ce un pestiféré ? », cette question, on se l’est tous posée 

À la va-vite tu remplis ton cabas de quelques boîtes de conserve et de chocolat- un peu de d’endorphine pour oublier le fait que tu n’aies plus de copine

 Deux/trois bouteilles de bière à l’étiquette abstraite, un paquet de spaghettis qui se bat sur un étalage avec une boîte de coquillettes

 Tu arrives à la caisse. Derrière un paravent en plexiglas, contrant le vent des toux grasse, le bruissement du plastique bleu sur des mains en sueur s’accorde avec le *bip* des aliments passés au scanner- prise de température : 17, 45€, tout va bien , pas de quoi monter aux murs

 

Tu rentres chez toi, un peu en émoi- voir du monde, ça ramène un peu de chaleur dans ce quotidien devenu sans heurt

 Dans l’ascenseur, tu comptes les étages, tu espères, au fond, voir apparaître entre les portes grises, ta voisine en bas-nylon et nuisette couleur cerise

 

Derrière toi claque la porte de ton appartement, c’est reparti pour une journée de confinement.

 matin

 

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20 mars 2020

Je t'aime, moi non plus

 Gainsbourrée je descends dans la rue, la tête en feuille de chou, naïve comme une toile du Nierdoua SSeaurou

Mauvaise journée : soucis de salariée, pas de pause déjeuner, un pneu de vélo crevé.

Mes amis sont tous casés, avec des mômes ou un chat attardé –« Pas le temps pour dîner, on doit surveiller bébé »

Peut-on jamais savoir par où commence et quand fini l’indifférence ?

 

Il est 9h du soir et je descends dans la rue-le vin de bohème, amer et vainqueur, un peu trop présent dans les artères de mon cœur

Je vais le rejoindre encore une fois,  un peu malgré moi. « Ça me fera du bien », me dis-je tout bas

 

Le poinçonneur du Tram A s’arrête devant moi :

«Écoute les orgues, elles jouent pour toi, une amende de 60 € tu me dois »

Je sens des boums et des bangs, agiter la rame du tram B. Il quitte la rive, part à la dérive.

Un voyage, un aller seul, en reviendrai-je ?

Un motard, sur sa Harley Davidson (of a bitch) manque de percuter une jeune femme à vélo- elle a les cheveux rouges, ça a l’air d’être leur couleur naturelle

 

Je descends sur le quai.                                         Il est là.                      L’air loyal, honnête et droit

Il s’allume une blonde et s’envolent des volutes bleues qui me font venir les larmes aux yeux.

 

Nous montâmes dans sa Rolls, qui nous conduisit dans une zone dangereuse, une zone isolée.

Là, un hôtel particulier.

Comme toujours,  il annonce solennellement au réceptionniste qu’il veut « la quarante-quatre »- comme toujours, afin d’échapper à son familial cloître

Des escaliers, des couloirs sans fin se succèdent- on passe à côté de la 69, des odeurs d’inceste de citron émanent d’un petit œil-de-bœuf

La porte de la chambre s’ouvre, puis se referme.

Il pose sa veste sur un fauteuil et me propose un verre d’eau de Seltz. Il arbore la marque des esclaves à son doigt, comme toujours, il ne l’enlèvera pas

 

Avec d’autres bien sûr je m’abandonne, ce n’est pas le premier. Mais avec lui c’est différent, c’est autrement. Avant de lui donner mon corps tout entier, je le questionne, j’ose lui demander

Il me répond que mes vingt ans, ses quarante, « si tu crois que cela me tourmente ». Après tout, il a raison, je ne vais pas le prendre pour un con, ça ne me tourmente pas non plus et en plus, ça ne me coûte pas un rond

 

Il fait chaud et moite dehors- un air de Javanaise retentit alors.

Il me prend la main et nous dansons.

 

Dans cette chambre aux colonnes de lit style Rococo il me dit doucement :« Viens plus près ma belle, et ne tremble pas ainsi », il me murmure tendrement « N’aies pas peur bébé, agrippe-toi, ferme les yeux, embrasse-moi ».

Et dans sa chevelure profonde, aux acres parfum, mon âme rêveuse appareille, pour un ciel lointain

Dans des draps couleur café d’où émanent une odeur de lila et de Gitane, il va et il vient, comme la vague irrésolue, jusqu’au petit matin. Mes  seins, de la bakélite, se balancent avec la mollesse d’un jeune éléphant, et mon cœur s’agite, s’agite, s’agite

 

Le calme de la nuit, si doucement s’épanche et, allongés, repus, se dévisagent nos corps nus.

 

« Je suis venu te dire que je m’en vais, et tes larmes n’y pourront rien changer », me dit-il

 

Muette, je me glisse sous la couette

Alors je me demande, je lui demande : « Mais tout ce que tu m’as dit est-il vrai ? »

« Je [ne] t’aime [pas], et je crains de m’égarer- après tout, je suis un mari, papa d’un Serge et d’une petite Mélody »

 

Ivre d’abandon, j’attrape mes quelques vêtements, je sors de la chambre en serrant les dents, et, oubliant toutes ces paroles fortuites, je cherche en vain la porte exacte, je cherche en vain le mot « exit »

 

Les gestes alanguis comme un souffle sur des branches, je me souviens des jours heureux et je pleure- adieu

 

J’attends, au vent mauvais, le Tram aux initiales B.B.

FotoJet (3) 

 

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19 mars 2020

B.S.T

Je sens la sève couler en moi, comme elle coule dans les branches et les troncs massifs qui nous entourent, comme elle coule en toi. Une sève humide et suave, tiède et luisante à la lumière d’un soleil qui se moque bien, lui, d’être aimé.

Lèvres rapprochées, s’effleurant et se fuyant, une dent soudain se plante dans la masse charnelle et rosée. Murènes effarouchées, les langues s’entremêlent et se caressent, toujours plus attirées par la découverte de ces abysses où le souffle est à présent étouffé.

Les mains se tiennent et s’étranglent, s’enfuient sur un dos, un crâne, une joue

Ivresse d’un instant, provoquée par le liquide transparent qui perle et chatoie sous l’hélianthe doré.

Nos silhouettes tatouées, pyrogravées par l’astre céleste sur un sol grouillant de vie, s’étirent et s’allongent- notre Terre grince des dents sous les coups minimes d’une l’aiguille remplie d’ombre, qui vient marteler sa peau boueuse

Éphémères cicatrices sombres qui s’encrent et s’ancrent, pour une fraction de seconde, sur le parterre d’humus chauffé par les derniers rayons se faufilant à travers branches et bourgeons.

 FotoJet

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12 mars 2020

Trop bonne, trop conne

 « Avoir été sur Tinder, ça m’a fait me rendre compte qu’on pouvait faire l’amour sans sentiments. J’étais sentimental autrefois. »

 

Il était beau le temps, le temps où les espérances écrasent les pensées noires, le temps où te voir, où t’apercevoir était le moment de la journée rempli d’espoirs-

Il était beau le temps, le temps de la fulguration- j’aurai mieux fait de planter un paratonnerre dans mon crâne en surchauffe, pour esquiver cette foudre qui me grilla jusqu’aux os

D’où nous viens ce regard embrumé, ce sentiment d’euphorie presque malsain, dès que la flamme embrase et embrasse notre palpitant, d’où nous vient ce sentiment de chaleur qui nous brûle les lèvres et fait briller nos dents, ce sentiment que, pour rien au monde, on ne voudrait laisser filer, que pour rien au monde, on ne voudrait échanger contre une soirée prévue depuis longtemps- au final, ç’aurait été bien plus appréciable, en y repensant.

 

On s’offre, on se donne, on s’expose, on se dévoile. Candide féminité qui révèle son jardin contre quelques moutons surmontés de brillants compliments

 

Tu me choisis, tu me prends, tu me jettes-obsolescence programmée- à croire que qu’on a tous une date de péremption- « A baiser de préférence avant le […] pour éviter le développement de sentiments »

 

Insensible égoïste marin, navigant à vent contraire, tu ne vois l’amour porté par les vagues de mon âme.

 

Les mots fatals, la phrase létale  : « Je ne regrette pas en tous les cas, c’était cool »- c’était -cool- c’est mon coeur qui coule

Disloquée, désemparée, désavouée, en lambeaux- Alors c’est ça de se faire plaquer

« Plaquer » -plaquer, verbe d’action du 1er groupe= action de saisir, à pleines mains, en pleine conscience, et d’envoyer en l’air, de s’envoyer en l’air, puis de faire chuter v.i.o.l.e.m.e.n.t sur le sol.

 

Boum, fini, K.O, chaos 

 

Chaussette toute neuve dans laquelle tu t’es masturbé rageusement, passée à la machine quelques fois

-bien essorés, les moindres sentiments-

Je finis finie finalement, gisant dans la benne blindée des vêtements qui attendent patiemment d’être remplis d’émotions pures et du bruissement de beaux draps blancs. 

tbtc

 

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